Inégalités d’accès à la télésanté : impact sur les soins de support

Par Professeur CHABOT ...

professeur Chabot

Pr Jean-Michel CHABOT


Jean-Michel Chabot est médecin et Professeur de santé publique. De 2010 à 2017, il a été conseiller médical de la Présidence de la HAS et membre de la Commission nationale des études de santé (CNES). De 2002 à 2004, il avait été conseiller au cabinet du ministre de la Santé Jean-François Mattéi après avoir été secrétaire de la conférence des Doyens de médecine de 1998 à 2002. Actuellement, il poursuit son activité aux comités de rédaction de la Revue du Praticien et du Concours Pluripro.

L’utilisation de la télésanté a connu une formidable accélération à la suite de la pandémie Covid et des périodes de confinement. De nombreux gouvernements ont institué des directives pour la distanciation physique, et les systèmes de santé ont rapidement étendu la télésanté, y compris pour les soins de support en cas de cancer.

Devant ce constat, une équipe internationale d’universitaires (Etats-Unis, Australie, Espagne) spécialisés en oncologie s’est interrogée sur les disparités du recours à la télésanté, selon et à l’intérieur de différents pays.

Les applications de télésanté dédiées aux soins de support en cancérologie étaient le principal objet de leur recherche.

Quatre catégories de motifs semblent expliquer ces disparités.

  • Les motifs liés aux patients eux-mêmes. Leur âge bien sûr qui limite l’accès à internet et aux smartphones ; sans négliger les déficits sensoriels, notamment auditifs, éventuellement majorés par des effets tardifs des chimiothérapies comme les troubles cognitifs. Enfin des questions de revenus insuffisants pour avoir accès aux équipements et services. S’y ajoutent les défauts de couverture des territoires en accès internet haut débit. Par exemple, aux Etats-Unis, 30 % des populations rurales n’ont pas accès à internet, tout comme certaines populations autochtones en Australie 1
  • Les motifs liés à l’organisation du système de soins. Aux Etats-Unis, hors de rares organisations comme le Kaiser Permanente 2 (qui affiche désormais davantage de téléconsultations que de consultations en présentiel) la télésanté n’est pas d’usage courant ou banalisé
  • Les applications de télésanté, qui restent souvent d’usage compliqué et dispendieux
  • Enfin, le financement des soins, qui, autant pour le public que pour le privé n’a pas encore accompli l’évolution nécessaire pour rembourser les diverses applications de télésanté.

Cependant ces limites pourraient être aisément dépassées. On peut en particulier s’attendre à des modifications rapides de la technologie pour en faciliter l’usage (comme la commande vocale par ex). Les financeurs publics et privés vont également organiser la prise en charge des services offerts par la télésanté.

En réalité, il existe un argument d’un poids considérable en faveur de l’accès à la télésanté pour le plus grand nombre : ce sont les résultats cliniques meilleurs et les gains de qualité de vie des patients qui bénéficient de soins de support, en particulier grâce aux applications de télésanté. De plus en plus d’études démontrent de telles améliorations. Aussi, la télésanté devrait rester un outil essentiel pour les soins contre le cancer au-delà de la pandémie.

Références

1. A titre comparatif, en moyenne en France, 11% de la population n’est pas couverte par la 4G alors que 99% dispose de la 3G, d’après les données de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep) en juillet 2017.

2. Implanté historiquement à Oakland, Californie, Kaiser Permanente est l'un des plus grands groupes de santé à but non lucratif du pays, desservant 12,4 millions de membres. Ces membres cotisent à son assurance maladie et bénéficient de manière privilégiée des services offerts au sein de 49 hôpitaux et 719 centres de soins primaires.

Source

Niharika Dixit, et al. Disparities in telehealth use: How should the supportive care community respond? Supportive Care in Cancer. Soins de support en cancérologie. 2022;30 :1007–1010