Activité physique et renforcement musculaire favorables à la réduction du risque de mortalité par maladies chroniques. L’analyse de notre expert.

Extrait de l’article original :
Haruki Momma H, et al. Muscle-strengthening activities are associated with lower risk and mortality in major non-communicable diseases: a systematic review and meta-analysis of cohort studies. British Journal of Sports Medicine 2022; vol 0, p 1–10.

M. Grégory CZAPLICKI

Dr. Grégory CZAPLICKI

M. Grégory CZAPLICKI est Docteur en sciences de l’éducation et spécialiste de la promotion de l’activité physique. Il exerce aujourd'hui comme Responsable de projets à la Direction des services du Groupe VYV. Depuis 2019, dans le cadre d’un partenariat avec le Ministère des Sports, il contribue à déployer plusieurs actions de la Stratégie Nationale Sport Santé notamment auprès des Maisons sport santé et en entreprise.

Il a auparavant travaillé dans les directions prévention du groupe MGEN et de la Mutualité Française Ile-de-France dans lesquelles il a participé à la conception de programmes nationaux de promotion de l’activité physique tant auprès des jeunes que des seniors. De 2007 à 2009, il a collaboré à la conception et à l’évaluation de programmes de promotion de la santé du gouvernement québécois.

Le manque d'activité physique (inactivité physique) est reconnu pour être le quatrième facteur de risque des pathologies dites non transmissibles , et le facteur de risque évitable après le tabac. L’inactivité physique est à distinguer de la sédentarité, caractérisée par des périodes prolongées de très faible dépense énergétique. Un mode de vie sédentaire, au-delà de sept heures par jour passées en position assise ou trois heures par jour passées devant la télévision, est également délétère pour la santé.

Selon la dernière enquête nationale Esteban (2014-2016), seuls 61,3% des adultes atteignaient les recommandations en terme d’activité physique en 2015, soit 53% des femmes et 71% des hommes. Pourtant nombreux sont ceux qui connaissent les recommandations en matière d’activité physique pour préserver sa santé : 150 à 300 min d'activité physique d'intensité modérée, ou 75 à 150 min d'activité physique d'intensité vigoureuse, ou une combinaison équivalente d'activité physique aérobique d'intensité modérée et d'intensité vigoureuse, par semaine. En revanche, moins nombreux sont ceux qui connaissent les directives nationales et internationales en matière d’activités régulières de renforcement musculaire pour les adultes, soit ≥ 2 jours/semaine, pour protéger sa santé.

Une récente évaluation socio-économique réalisée par France Stratégie, publiée sur le site du Ministère de la Transition Ecologique, démontre que le coût social de l’insuffisante activité physique en France peut être estimé à 140 milliards d’euros par an . Le coût évité par personne inactive qui deviendrait définitivement active serait de 840 € par an pour une personne âgée de 20 à 39 ans et de 23 275 € par an pour une personne âgée de 40 à 74 ans. Plus de 90% de ces montants sont liés au coût social de mortalité, environ 5% au coût des pertes de bien-être liées à la maladie et le reste aux dépenses de soins.

 

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Le graphique ci-dessous montre les coûts (en €) des pathologies causées par l’inactivité physique pour les 40-74 ans

 

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Cette évaluation a ainsi démontré que l’inactivité physique et par voie de conséquence l’activité physique ont des impacts différents sur la santé en fonction des maladies chroniques.

D’autres chercheurs ont souhaité quantifier les associations entre les activités de renforcement musculaire et le risque de maladies chroniques chez les adultes. Pour ce faire, ils ont effectué une revue systématique et une méta-analyse  d'études de cohorte prospectives à partir de sources de données en ligne. Seize études remplissaient les critères d'éligibilité. Leurs résultats montrent que :

  •    Les activités de renforcement musculaire étaient associées à une diminution de 10 à 17 % du risque de mortalité toutes causes confondues, de maladies cardiovasculaires (MCV), de cancer, de diabète et de cancer du poumon.
  •    Aucune association n'a été trouvée entre les activités de renforcement musculaire et le risque de certains cancers localisés tels que cancers du côlon, du rein, de la vessie et du pancréas.
  •    Une réduction maximale du risque (environ 10 à 20 %) grâce à des activités de renforcement musculaire d’environ 30 à 60 min/semaine pour la mortalité toutes causes confondues, les MCV et le cancer.
  •    Une réduction importante du risque pour le diabète pour des activités de renforcement musculaire allant jusqu'à 60 min/semaine.
  •  Les activités combinant renforcement musculaire et endurance aérobie  étaient associées à un risque plus faible de mortalité toutes causes confondues.

En conclusion

Cet article démontre que les activités de renforcement musculaire ont des bienfaits sur les principales maladies non transmissibles, y compris les maladies cardiovasculaires, le cancer, le diabète et le cancer du poumon. Les auteurs valident ainsi la recommandation de l’OMS pour les personnes souffrant d’affections chroniques consistant à pratiquer 2 fois par semaine ou davantage des activités de renforcement musculaire d’intensité modérée ou supérieure - qui sollicitent les principaux groupes musculaires - celles-ci procurant des bienfaits supplémentaires pour la santé .

1 Les pathologies non transmissibles, également appelées maladies chroniques, ne se transmettent pas d'une personne à l'autre. Elles sont de longue durée et évoluent en général lentement. Les maladies cardiovasculaires sont responsables du plus grand nombre des décès dus aux maladies non transmissibles, suivies des cancers, des maladies respiratoires et du diabète (Organisation Mondiale de la Santé – juin 2018).

² World Health Organization 2020 guidelines on physical activity and sedentary behaviour. Fiona C Bull et al. British Journal of Sports Medicine 2022 ; vol 54, p 1451–1462.

3https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/thema_essentiel_16_lintegration_des_benefices_de_sante_lies_a_lactivite_physique_dans_la_conception_des_projets_damenagement_mars2022.pdf

 4Analyse qui compile et synthétise les résultats de différentes études en recherche médicale disponibles dans les bases de données bibliographiques. Cette technique permet d’d'augmenter la puissance statistique, c'est-à-dire la probabilité de trouver un résultat significatif